Société Centrale d’Apiculture

Le jardin du Luxembourg abrite le rucher école de la Société Centrale d’Apiculture depuis bientôt 160 ans (Paris VIe).

Henri Hamet, Historique, Jardin du Luxembourg, Société Centrale d’Apiculture

[bleu marine] Les débuts de l’enseignement apicole et l’édification du rucher-école au jardin du Luxembourg.[/bleu marine]

En France, plusieurs initiatives individuelles pour favoriser l’enseignement de l’apiculture apparaissent.

La première est certainement celle de Claude-Philibert Lombard (1743 - 1824). Avocat et procureur au Parlement de Paris en 1789, il quitta ses fonctions après l’exécution de son beau-père sous la Terreur. Il se retira dans sa maison des champs aux Ternes, proche de la barrière du Roule. Il écrivit plusieurs ouvrages sur les abeilles dont, en 1802, son Manuel nécessaire aux villageois pour soigner les abeilles, les dépouiller dans un instant sans leur nuire, les transvaser, enlever au miel son âcreté, l’employer comme sucre pour faire les hydromels. Bonaparte pensa à lui pour créer une chaire d’enseignement apicole qui ne vit jamais le jour. Mais il fallut attendre 1818 pour qu’il organise un premier cours d’apiculture public et gratuit. Pendant six années, il poursuit cet enseignement. Il reçoit l’aide des préfets qui contribuent à ouvrir ce cours aux possesseurs de ruches de tous les départements.

Ce n’est qu’en 1854, avec le Concours général d’agriculture qui se tint au Champ-de-Mars, que les besoins de regroupement des apiculteurs et d’enseignement de l’apiculture s’exprimèrent à nouveau. Henri Louis Hamet (1815-1889) [1] prend alors l’initiative de fonder la Société Centrale d’Apiculture » qui tient sa première réunion le 5 septembre 1855 avec la constitution d’un conseil d’administration et la rédaction de statuts. Pour accompagner cette fondation, un Bulletin de la Société Centrale d’Apiculture devait être édité tous les trois mois, mais seul le premier numéro parut. Les membres de cette première société s’avérèrent trop disparates, soit par leur inexpérience, soit par leurs intérêts très différents (spéculateurs). Ces conditions provoquèrent rapidement la disparition de ce groupement.

Henri Louis Hamet

Après cet échec relatif, Henri Hamet reprit l’idée et fonda l’année suivante la Société économique d’apiculture qui se réunit pour la première fois le 23 octobre 1856. Elle reprendra le nom de Société Centrale d’Apiculture en 1865.

Un bulletin mensuel L’Apiculteur, propriété d’Henri Hamet, paraît dès le mois d’octobre 1856. Ce n’est qu’à sa mort, en 1889, que la Société Centrale d’Apiculture peut le racheter à sa veuve. Ce bulletin de trente pages comportait de nombreuses rubriques couvrant l’ensemble des préoccupations apicoles du moment : les différents modèles de ruches et types de matériel apicole, les techniques d’élevage, les produits de la ruche, leurs marchés respectifs et les fraudes possibles, notamment sur le miel. Il recevait également de nombreuses communications de correspondants français et étrangers. Henri Hamet voulait former des « professeurs ambulants », conseillers techniques en apiculture capables de porter la bonne parole à domicile. Pour développer de façon théorique et pratique cet enseignement, il pense au jardin du Luxembourg où est dispensé un enseignement d’horticulture. Il faut rappeler également que des cours d’apiculture y avaient déjà été délivrés, notamment par le docteur Paix Debeauvoys en 1853. Il obtint du général marquis d’Hautpoul, qu’il savait amateur d’abeilles et possesseur d’un rucher dans l’une de ses fermes du Midi, la concession d’un terrain dans le jardin du Luxembourg, plus précisément dans la partie dénommée la Pépinière.

Rucher monumental du jardin du Luxembourg
Figure 3 : Le rucher monumental avec Henri Hamet délivrant son enseignement. (Archives de la SCA).

Un rucher monumental y fut édifié grâce aux subventions octroyées par la Haute Assemblée et le ministère de l’Agriculture. Il comprenait une partie destinée aux différents modèles de ruches et au matériel apicole, une enceinte réservée aux auditeurs des cours et un petit enclos planté d’échantillons de plantes mellifères. Les premiers cours débutèrent en 1857 et connurent un énorme succès.
Cependant, en 1866, les grands travaux du baron Haussmann eurent raison d’une grande partie de la Pépinière. Il fallait ouvrir de nouveaux axes de circulation avec le percement des rues Auguste-Comte, Michelet et des Chartreux et viabiliser ce quartier de Paris où se construisaient la faculté de pharmacie, la clinique Tarnier et le lycée Montaigne. Le rucher-école fut supprimé en 1867. Les cours théoriques furent donnés dans l’orangerie. Les cours pratiques émigrèrent dans un rucher appartenant à Henri Hamet, à proximité de la gare de Meudon.
Début 1867, à l’occasion de l’Exposition universelle, Adolphe Alphand, ingénieur en chef des embellissements, confia à Gabriel Davioud le soin d’équiper les jardins de Paris de pavillons. Il en dessina les plans, comme celui du jardin du Luxembourg qui fut édifié en bordure du carrefour formé par les rues Guynemer, Vavin et Assas. Appelé « pavillon ou buffet de la Pépinière », il comprenait un rez-de-chaussée servant de café-restaurant encadré par deux loggias à terrasses et colonnades et une pièce à l’étage supérieur devant servir de salle de billard. Il était construit sur un soubassement à usage de cave. Ce n’est qu’à partir de 1933 qu’il prit le nom de pavillon Davioud.

Buffet de la Pépinière

Figure 4 : Le pavillon de la Pépinière devenu le pavillon Davioud. (Archives de la SCA).

Il fallut attendre 1872 pour que les cours reprennent au pavillon de la Pépinière. Le 19 février, la Société Centrale d’Apiculture fut autorisée à y faire ses cours théoriques, elle put également réinstaller son rucher expérimental non loin de là, dans l’enceinte du jardin. Pour l’ensemble, elle payait à la caisse des Domaines une redevance annuelle de 10 francs. L’ouverture des cours eut lieu le 2 avril 1872. Ils se poursuivent au même endroit sans interruption depuis.

Les ruches du Jardin du Luxembourg vers 1910Rucher du Luxembourg vers 1950

Figure 5 : Vues du rucher vers 1900 et dans les années 1950. À cette date, les ruches sont déjà disposées en arc-de-cercle comme aujourd’hui. (Archives de la SCA).

En date du 7 juillet 1879, elle fut autorisée à utiliser le sous-sol du pavillon, concession assortie d’une redevance supplémentaire de 10 francs. Le miel produit au rucher-école était alors vendu à l’occasion de l’exposition d’automne à l’orangerie du jardin.
Pendant plus d’un siècle, le rucher-école fut installé dans le jardin du Luxembourg, à proximité du pavillon Davioud. En ce lieu étaient regroupés différents modèles de ruches et du matériel apicole afin d’assurer l’enseignement des générations d’auditeurs qui s’y succédèrent au rythme d’une promotion par an.
En 1990, sous l’impulsion du président Alain Poher et des questeurs du Sénat, la rénovation du rucher fut décidée. Les travaux furent exécutés durant l’hiver et l’inauguration eut lieu le 9 avril 1991. L’architecte du Sénat, Jacques Patureau, utilisa le motif hexagonal représentatif des cellules des rayons de cire et conçut ainsi un ensemble unique en son genre. En effet, le toit du bâtiment qui abrite le matériel, le toit des ruches et jusqu’à l’abreuvoir destiné aux abeilles présentent cette forme géométrique.

Inauguration du rucher par le Président Alain Poher en 1991
Figure 6 : l’inauguration du rucher par le Président A. Poher en avril 1991 (archives de la SCA).

Rapidement après sa fondation, la Société Centrale d’Apiculture devint la référence nationale en matière de formation apicole et de diffusion des connaissances en apiculture. Dès le début, les cours connurent un vif succès : on parle de 300 inscriptions en 1857 et plus de 500 en 1858. Les cours s’étendaient sur 16 leçons pendant les mois de mai et juin (période de forte activité des ruches et des grandes floraisons printanières). Ils couvraient un vaste programme alliant l’histoire naturelle des abeilles, les produits de la ruche, les maladies et les ennemis des abeilles, les différents types de ruches, le calendrier apicole… Il y vint des auditeurs de la France entière, voire de pays étrangers. Sans doute en relation avec ses premières activités professionnelles, Henri Hamet rechercha le contact avec les instituteurs, véritables intermédiaires de son enseignement apicole auprès de leurs élèves. Ils obtinrent d’ailleurs de nombreuses récompenses dans les concours et les expositions apicoles.
Elle organisa également de nombreuses expositions nationales au rythme d’un événement tous les deux ans. La première eut lieu du 15 au 25 août 1859 à l’orangerie du jardin du Luxembourg. D’autres suivirent, comme celle qui fut organisée du 15 août au 5 septembre 1865 au palais de l’Industrie sur le thème des insectes utiles et nuisibles. La 5e exposition eut lieu également au palais de l’Industrie en 1868. Il y sera beaucoup question des appareils à extraire le miel (centrifugeuses) et à gaufrer la cire. En 1900, profitant de l’Exposition universelle, la Société Centrale d’Apiculture fut chargée d’organiser à Paris le IIe Congrès international d’apiculture autour des 7 sections suivantes : apiculture proprement dite, anatomie et physiologie, technologie apicole, enseignement, maladies et parasitisme, jurisprudence, statistiques.
Mentionnons aussi qu’en 1861, la Société zoologique du jardin d’Acclimatation fit édifier un rucher au bois de Boulogne. Henri Hamet en dessina les plans. Puis il y donna des conférences et y transféra les doubles des ruches reçues au jardin du Luxembourg. De même, en 1877, le Conseil de Paris accorda à la Société Centrale d’Apiculture un terrain au parc Montsouris pour la construction d’un rucher couvert. Il devait servir aux activités pratiques des cours donnés au rucher du jardin du Luxembourg ainsi qu’à l’enseignement de la sériciculture. Cette concession lui fut retirée en 1936.
Les cours au rucher du jardin du Luxembourg n’ont jamais cessé durant la Première Guerre mondiale. On le doit au dynamisme et à la vitalité d’Édouard Sevalle, élève d’Henri Hamet, qui y fut professeur pendant plus de trente ans. Il sut maintenir cet enseignement pendant cette période difficile.

Promotion 1908
Figure 7 : Promotion 1908 des auditeurs devant le pavillon Davioud. (Archives de la SCA).

Aujourd’hui, la Société Centrale d’Apiculture continue cette œuvre d’enseignement de l’apiculture autour de son rucher-école du jardin du Luxembourg. Bien qu’elle ait gardé son caractère de société savante, elle est une association reconnue d’utilité publique en 1900. Aux auditeurs qui suivent son enseignement et qui satisfont à l’examen de fin de formation, elle délivre un diplôme d’instruction apicole créé en 1908.
En plus de cette activité d’enseignement, la Société Centrale d’Apiculture développe aujourd’hui de nombreuses activités autour de la connaissance des abeilles, des insectes pollinisateurs et de leur environnement. Elle participe à la diffusion des savoirs scientifiques et techniques en apiculture, notamment sous forme de cours de spécialisation (pratique apicole, élevages…), de conférences, des cycles de formation permanente, d’articles dans les revues apicoles, de voyages et surtout d’accueil et de sensibilisation de tous les publics et en particulier des jeunes en âge scolaire.
Thierry Duroselle.
Références bibliographiques :

  • Lucien Adam, L’Apiculture à travers les âges, éd. Gerbert, 1985.
  • L’Apiculteur, 1856-1944, 1946-1970 [devient par fusion L’Abeille de France et l’apiculteur].
  • Jean-Marie Jeanton-Lamarche, Pour une histoire de l’apiculture française, 1994.

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[1Le 15 juillet 1815 naît à Fay-sur-Somme (Somme) Henri Louis Hamet. Il reçoit une éducation basée sur les valeurs d’équité, de justice et d’humanité. Son père désire en faire un instituteur du primaire. Il pense que la culture des abeilles peut l’aider à atteindre ce but. Il est ainsi tour à tour instituteur, professeur d’enseignement élémentaire, libraire et éditeur avant de fonder la Société Centrale d’Apiculture. Il est considéré par beaucoup comme le « père de l’apiculture française ». Décédé le 8 octobre 1889, il repose au cimetière Montparnasse à Paris.