Société Centrale d’Apiculture

Pollinisatrice et sentinelle de l’environnement, l’abeille est en danger. Protégeons-la !

La Société Centrale d’Apiculture (S.C.A.) a été créée il y a plus de 150 ans pour contribuer à la survie de l’Abeille, en luttant contre les pratiques apicoles ancestrales (étouffage) qui conduisaient pratiquement à détruire les colonies fortes et donc à favoriser la pérennité des souches génétiquement les plus faibles.

Reconnue d’utilité publique en Mars 1900, la S.C.A. a fortement contribué à l’interdiction de ces pratiques au début du XXe siècle.

Organisatrice de plusieurs expositions et congrès, elle est à l’origine de la création de nombreux groupements apicoles.

La S.C.A. qui s’est donné pour objectif la diffusion des connaissances scientifiques et leur vulgarisation, n’a jamais cessé sa mission de formation des adultes au Rucher École du Jardin du Luxembourg et plus récemment, des enfants au Rucher Pédagogique du Parc Georges Brassens.

Depuis plusieurs dizaines d’années, l’Abeille est menacée par les pesticides abondamment utilisés en agriculture intensive, et aujourd’hui par l’introduction dans notre environnement des plantes génétiquement modifiées (O.G.M.) dont les conséquences pourraient se révéler catastrophiques pour les insectes pollinisateurs et par voie de conséquence pour l’Homme.

La reconnaissance du rôle essentiel de l’Abeille dans les écosystèmes et dans la préservation des équilibres naturels est désormais au cœur des préoccupations de notre association.

Pollinisatrice et sentinelle de l’environnement, l’abeille est en danger. Protégeons-la !

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Rencontre avec les apiculteurs de Labé (Rép.de Guinée)

Première partie


Jean-Paul CHARRON

Jean-Paul Charron a bien voulu nous raconter son séjour passé chez les apiculteurs guinéens de Labé, en 2005. Nous en présentons maintenant la première partie, la suite de l’aventure ultérieurement.

Membre d’une petite ONG, l’AAPF (Aide Aux Pays Francophones), j’ai été sollicité pour apporter mon soutien au groupement apicole de Labé, province du Fouta-Djalon de la république de GUINEE (Conakry). Apiculteur-amateur depuis de nombreuses années mais non-spécialiste de l’apiculture africaine, j’ai accepté une mission exploratoire qui s’est avérée très riche en enseignements et particulièrement prometteuse. Passée l’émotion de retrouver dans cette équipe la même passion pour l’abeille qui anime tous les apiculteurs que je connais, j’ai pu proposer plusieurs pistes pour évoluer vers une apiculture dirigée, plus productive et moins aléatoire que la conduite des ruches traditionnelles en paille.

La préparation

Je n’avais comme description de la pratique apicole à LABE que le récit fait par d’autres membres de l’ONG lors d’une précédente visite et la seule photographie d’une ruche tronc (horizontale).

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ruche tronc
J.P Charon

J’ai imaginé le reste en m’inspirant de mes lectures et bâti une stratégie en partant du principe qu’il n’y a pas d’apiculture productive sans l’usage du cadre mobile. Même si je découvre la présence de ruches « modernes » de type « KENYANE », il y a très peu de chance qu’on y utilise la relative mobilité des rayons sans cadre de cette ruche.
Sans cadre, pas de mobilisme et sans cire gaufrée, pas de cadres à bâtir… Or, d‘après la localisation de la république de Guinée, en Afrique, les abeilles présentes doivent être majoritairement issue de l’Apis mellifera adansonii qui se distingue de notre Apis mellifera mellifera par sa petite taille. J’ai découvert que l’on pouvait se procurer chez nos revendeurs de matériels apicoles des gaufriers à main … à la taille de l’abeille africaine, qui bâtit naturellement des rayons ayant 1000 cellules au dm² alors que nos abeilles se contentent de 850 cellules aux dm² (cellules d’ouvrières).
J’ai donc mis dans mes bagages ce gaufrier spécial Afrique, de la cire, un assortiment de tenues de protection et du petit matériel (enfumoir, filtres, fils, …).

Premier jour : La phase de découverte

Dès mon arrivée à LABE, l’équipe des apiculteurs me fait découvrir ses « ruchers », en fait, une dissémination de ruches dans les plus grands arbres de la brousse, voisine de leur village. Point de ruche tronc, que l’on ne rencontre que dans des villages très reculés, notamment en Guinée Forestière.

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ruche en paille
J.P Charon

Par contre beaucoup de ruches en paille et plusieurs kenyanes. La majorité des ruches suspendues dans les arbres n’est pas peuplée et attend la venue hypothétique d’un essaim vagabond, soit pratiquement 8 sur 10 !

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ruche kenyane
J.P Charon

Heureusement que l’abeille locale est assez essaimeuse mais je n’ai pas entendu dire que l’on capture des essaims pour les enrucher. Il est vrai que l’apiculteur africain ne sort qu’à la nuit tombée et que les essaims sortent généralement lorsque le soleil atteint son zénith.

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pose de ruche keyniane
J.P Charon

Le nombre de colonies en production dépend donc uniquement du bon vouloir des essaims que l’on sollicite en multipliant le nombre de ruches-pièges… Et il faut être particulièrement fort et leste pour suspendre les lourdes kenyanes et les ruches en paille aux hautes branches des rares grands arbres épargnés des ravages de la déforestation galopante qui alimente des marchands de bois de chauffage.

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ruche Dadant
J.P Charon

Sur un petit tertre trône une ruche qui a été du type DADANT-BLATT divisible.
Mes hôtes me racontent que cette ruche leur a été apportée par un apiculteur belge, il y a plusieurs année et que malgré les modifications apportées pour la rendre plus conforme à une exploitation en pleine brousse (solidarisation du plateau et des deux demi-corps, suppression des cadres du bas, suppression de la barrette inférieure des cadres du haut pour permettre une construction jusqu’en bas et surtout réduction de l’entrée à une fente d’un centimètre sur trois), cette ruche, pourtant garnie de cire gaufrée n’a jamais tenté un essaim en quête d’un logement à sa convenance. Ils me racontent également avec un peu d’ironie, qu’un autre apiculteur est venu avec une ruche Dadant… peuplée d’abeilles européennes. Placée dans l’environnement des abeilles africaines, la colonie intruse fut immédiatement attaquée par les abeilles indigènes et totalement anéantie en quelques minutes seulement ! Elle n’a pas eu le temps de s’hybrider, heureusement, mais elle a peut-être contaminé les abeilles locales par des virus ou parasites jusque là inconnus.
Ces mésaventures me confirment dans mes convictions : il faut aider les espèces locales à progresser mais surtout, ne pas vouloir les remplacer.

Deuxième jour : Les premiers enseignements

Le deuxième soir, on me propose de visiter une ruche en paille. Après un enfumage copieux aux feuilles sèches d’eucalyptus, la ruche est descendue de son arbre. Pour l’ouvrir, il faut retirer le fil de fer qui coud le disque de torons de paille de l’une des extrémités et faire sauter le ciment de bouse de vache qui assure l’étanchéité.

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rayons d’une ruche en paille
J.P Charon

Les rayons apparaissent, verticaux et suspendus aux parois du cylindre. L’absence totale de propolis me surprend. La propolis est d’ailleurs inconnue des apiculteurs de LABE.
Leur abeille n’utilise donc pas ce matériau aux si nombreuses propriétés ? L’origine de cette carence ne vient pas des arbres de la brousse, car j’ai vu les filaments de propolis en grande quantité lorsque l’on a ouvert devant moi une ruche en paille peuplée d’abeilles sans dard (mélipones). Dommage, car dans un pays qui manque de tout, la propolis aurait pu rendre bien des services.
Au cours de cette première visite de ruche, le manipulateur a travaillé avec seulement le visage protégé par un voile et bras nus. Il a été piqué à quatre reprises, sans réagir, ce qui m’a semblé relativement peu et non conforme à la réputation d’agressivité de cette abeille. Il est vrai qu’il faisait très sombre. Un peu à la manière de nos apiculteurs professionnels, cet apiculteur m’explique qu’il se fait volontairement et régulièrement piquer, pas seulement pour s’immuniser contre le venin mais surtout pour combattre le paludisme qui touche pratiquement toute la population. Il m’assure qu’ainsi il ne souffre jamais de cette maladie. J’ai retrouvé avec intérêt cette propriété du venin d’abeille que je ne connaissais pas dans une thèse récente (2005) qui mentionne son rôle inhibiteur dans le développement du parasite responsable du paludisme… Mais aucune posologie de traitement !

La douceur des abeilles constatée ce soir-là m’a surpris mais elle est principalement due à l’obscurité et à l’usage d’une fumée abondante (eucalyptus). L’agressivité de l’abeille africaine m’a été confirmée le jour de mon départ par l’annonce du décès d’un des notables de la ville. Il a succombé, au cours de sa promenade matinale, à une attaque massive d‘une colonie d’abeilles logée dans une ruche au fond de son jardin. Je ne sais pas qu’elle erreur il avait commise pour déclencher l’attaque (parfum, gestes, …).

Si la ruche ouverte ne présente pas de trace de propolis, elle ne manque pas de scarabées, le gros, mais surtout le petit -Aethina tumida- dont on redoute tant l’arrivée en France… Le taux de son infestation paraît assez bien régulé par les abeilles africaines et n’atteint jamais le niveau létal pour la colonie. Cependant, on ne le trouve pratiquement pas dans les ruches kenyanes.

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trou de vol d’une ruche keyniane
J.P Charon

La seule explication que j’en déduis serait l’impossibilité qu’il aurait de pénétrer dans ce type de ruches, hermétiquement closes sauf un trou de vol de 3cm sur 1cm de haut et dépourvu de planche d’envol, donc très facile à protéger des intrus.

Serait-ce la parade qu’il faudra adopter chez nous en cas d’infestation de ce redoutable dévoreur de rayons et pollueur de miel ?

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J.P Charon et le groupement apicole
(Fin de la 1ère partie)

P.-S.

Jean-Paul CHARRON
Responsable apicole du Jardin du Cheminot
Membre AAPF (Limoges) apiculture@jardinot.fr



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Dernière mise à jour du site : lundi 22 mai 2017

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