Société Centrale d’Apiculture

Voyage au pays de la Carniolienne

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L’apiculture dans le monde, Voyage annuel

En ce début de juin la Société Centrale d’Apiculture, comme à l’accoutumée, organisait son voyage annuel. Cette année 2010 nous permit de vivre une sortie vraiment exceptionnelle. Nous avons levé le cap vers l’est, vers l’Europe Centrale, plus précisément vers la Slovénie.

Carte de la Slovénie Source Wikipédia

Il était 22h quand notre avion atterrit sur le tarmac de l’aéroport international de Ljubljana. Ce soir là il faisait très doux, ce qui était un bon présage.

Dimitri notre charmant guide et Mirco notre chauffeur nous y attendaient.
Nous étions trente six venus d’horizons très différents ; certains participaient à ce voyage annuel depuis plus de trente ans, pour d’autres c’était la première fois. Nous étions tous animés par la passion de cette « petite chose » qu’est l’abeille, ainsi que par la curiosité et l’envie de découvrir un maximum d’éléments sur l’abeille Carniolienne, symbole du pays.

Le lendemain, ʺà tout seigneur tout honneurʺ, nous commençons notre périple par la visite à Radovljica du musée de l’apiculture slovène.

Anton Jansa (cliché Lamia Kias)

Ce musée est dédié à Anton JANŠA, quel est donc cet apiculteur illustre ?
Anton Janša, est considéré comme le père de l’apiculture en Slovénie.
Il est né en 1734 dans le petit village de Breznica, à côté de Bled. Dans sa jeunesse il peignait, travaillait à la ferme parentale et pratiquait déjà très tôt l’élevage des abeilles. Certains destins illustres se dessinent dès le plus jeune âge.
Pour acquérir une meilleure éducation il partit à Vienne, où s’achevèrent en 1769, avec mention honorable, ses études à l’école de peinture.
Mais Janša ne devint pas peintre, comme ses frères, la vie lui réservait un autre destin.
L’impératrice Marie-Thérèse avait installé à Vienne une école d’apiculture, Janša en devint le premier maître.
Sa profonde connaissance de la vie des abeilles, acquise dans sa ville natale, son don d’observation et sa sagacité naturelle l’ont aidé à devenir célèbre en tant qu’excellent théoricien et praticien expert dans le domaine apicole.
Il écrivit deux livres en langue allemande, dans lesquels il énonçait plusieurs affirmations qui, à cette époque, semblaient vraiment incroyables.

Par exemple :
- les faux bourdons ne sont pas une sorte de porteurs d’eau comme on le pensait généralement, mais plus exactement les mâles nécessaires pour la fécondation des jeunes reines.
- la reine est la mère de tous les êtres vivants dans la ruche, même des faux bourdons et, lors de l’essaimage, c’est la vieille reine qui quitte la ruche.


Il s’aventurait également dans le domaine des maladies en affirmant qu’il était possible de guérir les abeilles contaminées par la pourriture en les mettant dans une autre ruche et en les laissant souffrir de la faim pendant quelques jours. Cette méthode serait encore utilisée de nos jours.
Anton Janša décède très jeune à l’âge de 39 ans à Vienne où il fut enterré. Il reste un exemple pour les apiculteurs slovènes mais aussi autrichiens, qui, chaque année, décernent le prix JANŠA aux apiculteurs privés et aux associations pour leur travaux dans le cadre apicole.

Ce musée de l’abeille renferme de très belles pièces. Ruches avec façades très richement décorées où les scènes bibliques sont dominantes. La tradition veut que ces décorations multicolores soient destinées à remercier le seigneur pour ce don du miel que leur faisaient les abeilles. Des scènes de la vie quotidienne étaient aussi représentées. Les apiculteurs aisés confiaient la réalisation de ces décorations à des peintres professionnels. Certaines ruches étaient même sculptées.
Et rien n’était de trop beau pour l’abeille, puisque nous trouvons des ruches en forme de soldats, de berceau, etc…Tout ceci laissant deviner que l’apiculteur slovène avait beaucoup d’humour et était très créatif.

Le musée nous fait aussi découvrir le matériel utilisé à travers les âges. Tout ce dont l’homme dans cette région du monde a usé pour choyer ses abeilles.
Produit directement dérivé du miel, le pain d’épice possède son propre musée tout à côté. Une petite dégustation s’imposait. Cela nous permit d’apprendre que ce pain d’épices a une place particulière dans la société slovène. Selon la tradition, l’attention que porte un prétendant à sa dulcinée se mesure à la taille du gâteau de pain d’épice qu’il lui offre.
Au delà des mariages, le pain d’épice est présent dans toutes les cérémonies.

Après la pause-déjeuner, Dimitri nous propose de découvrir un peu l’environnement dans lequel évolue l’Abeille carniolienne. Nous sommes frappés par l’absence de cultures intensives.

Bled-ville bijou

Bled est située dans la partie orientale des alpes juliennes, région de haute Carniole, non loin de l’axe autoroutier reliant l’Autriche à la capitale Ljubljana.
Célèbre pour son lac, d’où émerge la seule île de Slovénie, par son château du XIe siècle dénommé « Blejski grad » et juché en haut d’une falaise de 130 mètres, ainsi que par sa station thermale.
Le lac de Bled situé à environ 55 km de Ljubljana, offre aux yeux de magnifiques paysages et ses berges largement aménagées. Il est bordé à l’est par la ville de Bled.
L’ancienne résidence du président Tito, transformée en hôtel de luxe, se trouve à proximité.
Le lac a été à plusieurs reprises (1966, 1979, 1989) le théâtre des championnats du monde d’aviron et les championnats du monde de 2011 y seront également organisés.

Une petite croisière en bateau nous permet de rejoindre l’île appelée « Blejski Otak ». Elle est connue pour son église néo-gothique du XVe siècle construite sur un lieu de culte païen des premiers slaves

L’église est dédiée à la sainte vierge, la reine des cœurs des Slovènes, elle invite les fidèles à monter les escaliers de la prière : l’épreuve et la souffrance pour atteindre la vérité.
Parmi les scènes dessinées sur les ruches figurait, entre autres, celle représentant un nouveau marié portant sur le dos sa promise et escaladant les marches aboutissant à l’église. La légende veut que l’homme slovène donne la preuve de sa grande force physique et de sa résistance à toute épreuve… avant de se marier.
L’escalier au sud de l’île, remonte au 17e siècle, il comprend une centaine de marche, elles mènent au plateau central avec le sanctuaire.
Sur place, inévitables, quelques activités commerciales : vente de souvenirs, un restaurant et une exposition de costumes nationaux de divers pays de l’Europe, fabriqués en argile.

La cloche des vœux sur l’île de Bled est un point important pour les pèlerins qui ont visité le lieu depuis le moyen-âge. Elle fut certainement donnée par un riche paroissien.
Selon une légende la jeune femme qui vivait au château avait perdu son mari tué par des brigands. Ne pouvant faire son deuil, elle a rassemblé tout son or et son argent pour faire fondre une cloche destinée à la chapelle de l’ile. Lors du transport de la cloche, une tempête à renversé le bateau, les bateliers se sont noyés et la cloche a fini au fond du lac.
La jeune veuve serait allée à Rome pour entrer au couvent. Après sa mort, le pape aurait fait don d’une autre cloche pour l’église de Bled.

Dans l’après-midi, notre car se glisse au sein d’une belle forêt pour rejoindre le rucher d’Anton Bostane, éleveur de reines de père en fils.
Il nous explique les critères de sélection de l’abeille carniolienne, les techniques employées, différentes des nôtres. La plupart de ces dames, appelées « mères » par les slovènes, sont destinées à l’exportation.
Nous apprenons qu’il existe une trentaine de stations d’élevage de reines de même type. La race carniolienne est très protégée, la traçabilité des reines précise, la sélection se faisant sur les critères de propreté de la ruche, de faible tendance à l’essaimage et de douceur, entre autres.

Pour conclure cette très riche journée, Dimitri notre guide nous faisait faire une halte imprévue au rucher historique, pieusement conservé, d’Anton Janša.

Le lendemain cap vers le siège de la Fédération Slovène d’Apiculture.
Il se trouve à Brdo près de Lukovici.

Brdo : centre de l’apiculture slovène (cliché Lamia Kias)

Ensemble de bâtiments importants situé dans un environnement idyllique, il est entouré de trois beaux ruchers fabriqués dans le style carniolien, très caractéristique de la région et qui serait unique au monde. A côté, de petites chapelles consacrées à Saint Ambroise, le protecteur des apiculteurs
C’est peut être grâce à lui que nous avons pu approcher de très près notre amie la carniolienne qui a été fidèle à sa réputation d’abeille peu, voire non agressive. Malgré notre curiosité et l’absence totale de protections vestimentaires, les piqûres furent très rares. Une très grande variété de plantes mellifères et médicinales fleurissait autour des ruchers.

Le centre abrite le siège de l’association des apiculteurs slovènes, les locaux de la rédaction de la revue « L’Apiculteur Slovène », le siège du service de conseil en apiculture, un laboratoire pour l’analyse du miel où nous avons engagé une discussion très enrichissante autour de la palynologie et de la mélisso-palynologie, une librairie bien équipée en matériel informatique, revues et livres concernant tout ce qui a été écrit sur l’apiculture et le monde de l’abeille dans différentes langues : latin, allemand, anglais et même en français. Enfin un magasin de produits et d’équipements apicoles ainsi qu’un restaurant.

Anton Tomec

Anton Tomec, secrétaire général de l’association, nous accueille dans la grande salle d’Anton Janša. Il nous présente avec beaucoup de convivialité les principes généraux de fonctionnement de l’apiculture dans son pays.
Les apiculteurs slovènes se plaisent à affirmer : « Nous, les slovènes, sommes une véritable nation d’apiculteurs, tous ceux qui nous rendent visite et nous rencontrent le reconnaissent ».
C’est peut être pour cela qu’ils ont pu obtenir de la CEE la protection de l’abeille carniolienne, et l’interdiction d’importer des reines d’autre races.
A la fin de la présentation nous avons dégusté plusieurs miels, avant de poursuivre notre visite du bâtiment. Le déjeuner fut pris sur place et le menu très apprécié par tous les participants, en particulier ce dessert appelé « Marlenca », une spécialité de la région.

Nous gagnons ensuite la région des vignobles et faisons escale à Maribor, deuxième ville du pays et capitale régionale. Elle nous offre la plus vieille vigne au monde qui aurait plus de 400 ans, son raisin blanc donne du vin rouge !!!
Construite à son pied, la maison de la vigne abrite un musée.
Les habitants de Maribor sont tellement fiers de leur Vigne qu’ils lui consacrent un festival de la gastronomie et du vin, en plus de la fête de la saint Martin.
Nous étions accueillis et guidés par Ciril Arih, directeur de l’agence organisatrice du voyage, mais aussi par l’une des premières vagues de chaleur de l’année et le car, climatisé, constituait parfois une cellule de survie ! Malgré tout, les nouvelles provenant de Paris signalaient un temps froid et pluvieux, nous avions beaucoup de chance.

Nous faisions étape pour la nuit à proximité immédiate de l’Autriche, dans un immense hôtel thermal à Radenci.

Près de Veržej, le seul moulin flottant encore en activité sur la rivière Mura sera notre première étape du lendemain. Plusieurs fois détruit par le feu et les eaux, ses meules peuvent encore produire près de deux tonnes de farines par jour, mais peut-être plus pour très longtemps.

Notre groupe chez nos amis apiculteurs de Verjez

Tout près de là, à Verzej, un jeune couple d’apiculteurs nous reçoit. Mélange de traditions apicoles et d’exploitation très moderne, le site est magnifique tant au niveau des installations que de l’aménagement floral très diversifié.
Accueil extrêmement convivial, souvenir impérissable.
Détail croustillant : en pleine saison ils coupent en tout petits morceaux des betteraves rouges, plongent ces morceaux dans un peu de miel et offrent cela en butinage aux abeilles. Il en résulte un miel fortement coloré en rouge carminé qui a un succès commercial remarquable ; serais-ce tout à fait légal en France ?

Nous profitons des trajets de liaison pour en apprendre un peu plus sur l’histoire de la Slovénie et ses structures sociales et culturelles. Quelques réflexions sur l’identité slovène ainsi qu’une conférence sur « Le roi des abeilles » font disparaître les kilomètres. Merci aux éminents participants au voyage, professeurs ou maîtres de conférences, qui ont généreusement partagé avec nous leur savoir et ont donné une grande valeur culturelle à ce séjour.

Le retour à l’hôtel dans l’après-midi permettait, à tous ceux qui le souhaitaient, de profiter des installations du complexe thermal. Après notre long périple, nous avions bien mérité un moment de détente et de plaisir dans ces eaux, oh combien reposantes et bienfaisantes, surtout pour ceux parmi nous qui ont pu s’offrir les services d’une masseuse.

La fin de notre séjour s’annonçait. Nous poursuivions notre périple au nord-est de la Slovénie, en nous arrêtant à Ptuj, ville qui a eu le statut de cité depuis l’époque romaine. Son centre historique est protégé, afin de lui conserver son aspect authentique.

Traversée par la Drava et construite de part et d’autre de la rivière, les deux parties de la ville sont reliées par des ponts, dont le plus ancien est le pont romain construit à l’époque de l’empereur Hadrien (117-138).

Nous nous arrêtons devant :
Le monument d’Orphée, c’est le nom populaire d’une stèle funéraire romaine de près de 5m de haut, taillé dans le marbre. Elle aurait été érigée au 11e siècle, à la mémoire du maire de la ville. Le motif central représente le poète antique Orphée qui, dans son chagrin de la perte d’Eurydice, joue de la lyre de manière si émouvante que les bêtes sauvages se rassemblent autour de lui.
Ce monument a servi de pilori au XVIe siècle. On peut encore voir les anneaux de fer où les condamnés étaient attachés pour être exposés aux railleries et mauvais traitements de la foule.

Le Beffroi, situé près du monument d’Orphée. La grande horloge de la ville située dans le Beffroi n’a que trois cadrans. Le côté de la tour tourné vers le château en est dépourvu, ce qui dans le temps faisait dire aux gens que le propriétaire du château, le comte Leslie, étant en mauvais termes avec la ville, n’avait pas voulu contribuer au financement de l’horloge. En manière de vengeance, la ville n’avait installé que trois cadrans.

Le Monastère des dominicains construit en 1252 fut acheté par la municipalité en 1926. Elle y installa un musée en 1928. Il renferme actuellement des collections archéologiques, ainsi que des collections d’armes, d’instruments de musique, d‘objets de la vie quotidienne, des « turqueries » dans la salle des fêtes, galerie gothique et baroque, masques de carnaval, peinture de verre.

Dernière étape avant de quitter la Slovénie : la capitale Ljubljana.

Michel Ricard ayant obtenu un rendez-vous, la moitié de notre groupe était reçue à l’ambassade de France. Il nous était exposé les grandes lignes du fonctionnement de l’agriculture du pays, puis un projet de la Fondation de France visant à établir une collaboration franco-slovène en apiculture. Malheureusement, 6 mois plus tard, les conversations n’ont guère avancé !
Pendant cette réception l’autre moitié du groupe en profite pour aller visiter quelques monuments de la ville notamment le château qui offre, à partir de ses tours, une vue panoramique sur Ljubljana.

Le jour du retour est arrivé, dernière matinée au sud des Alpes. Dimitri nous guide dans la vieille ville et nous fait découvrir, entre autres, un marché d’une richesse en victuailles et en couleurs tout à fait exceptionnelle.

Un millésime exceptionnel ce voyage en Slovénie, c’est l’avis de tous les participants. Beaucoup de liens se sont créés, des ponts se sont érigés entre les anciennes et la nouvelle génération d’apiculteurs tous unis par cette passion l’Abeille.

Merci Michel.